• Crédits photo ©Luigi Murenu pour Kérastase

    Il vit à New York mais arrive de Los Angeles où il a coiffé et photographié Jennifer Lawrence, égérie de Dior, récemment désignée par le magazine Forbes comme l’une des personnalités les plus influentes d’Hollywood. Il prépare ce soir un shooting Kérastase, puis file ensuite pour un défilé Givenchy. Il vient d’avoir 50 ans mais en affiche 30. Le décalage horaire ne semble pas avoir de prise sur Luigi Murenu. Un large sourire, l’œil qui frise, une sympathie toute italienne… Il court de séances photos en backstages, en passant par un bistrot parisien select. Entre deux, il nous livre quelques confidences sur son métier.

     

    Une étoile filante entre la Sardaigne et New York

     

    A Cagliari, à l’extrême Sud de la Sardaigne, jamais on n’a vu de mannequins ni de podiums, encore moins de stars internationales de la chanson. Vraiment rien ne prédisposait Luigi Murenu à devenir l’un des coiffeurs studio les plus renommés et reconnus par ses pairs. Mais le gamin avait des rêves plus grands que son milieu ne pouvait les lui autoriser. Déterminé, le jeune Luigi n’a pas 20 ans quand il quitte son île natale pour Paris, puis Londres et New York. « Quel chemin parcouru ! s’émerveille-t-il. Cela a constitué un vrai engagement, une évolution. Je suis très fier de ce parcours. » Mais que reste-t-il aujourd’hui du petit garçon sarde qu’il a été ? « La passion», assure Luigi immédiatement.

    Au début des années 90, un coup de fil marque un tournant dans sa carrière : Madonna a remarqué son travail. Elle réclame son savoir-faire avant une apparition dans le Top of the Pops britannique. Il croit à une blague mais file à Londres. Mêmes origines italiennes, même créativité, même audace… Le courant passe entre ces deux-là. La rencontre marque le début d’un long partenariat capillaire. Luigi Murenu signera quelques-unes des coiffures les plus emblématiques de la Ciccone.

    Aussi charismatique que talentueux, Luigi Murenu attire les bonnes ondes et le succès. Son portfolio est aujourd’hui plus épais qu’une encyclopédie. Il a travaillé avec les plus grands photographes – y compris Richard Avedon et Craig McDean – et pour les plus influents magazines de mode – Elle, Vogue, Harper’s Bazar… Il a été présent sur les défilés les plus prestigieux, de Gucci à YSL, Prada ou Viktor & Rolf. Il a tenu entre ses doigts les boucles rousses de Nicole Kidman, la flamboyante crinière de Julianne Moore, il a sculpté les mèches blondes de Gwyneth Paltrow et de Gisèle Bundchen. L’une de ses collaborations les plus importantes et durables est celle avec Kate Moss. Ils partagent ensemble une vraie complicité. Kérastase fait d’ailleurs confiance à ce duo, ambassadeur de la marque.

     

    Inspiration et créativité

     

    La patte Murenu, ce qui définit son style, c’est le mouvement. Point de chevelure figée. « J’essaie sans cesse de trouver de nouvelles formes, de nouveaux volumes, un nouveau langage grâce au travail sur la texture. C’est ce qui rend mon style reconnaissable », explique-t-il. A l’origine de ce mouvement, il y a parfois une « touche de mauvais goût », un « faux pas », une ombre au tableau, un petit défaut cher à Luigi parce que, juge-t-il, « la perfection est ennuyeuse. » Une pointe de complexité, au contraire, entretient le mystère.

    Constamment en éveil, Luigi Murenu cueille des images, des idées. Il pioche son inspiration dans le monde qui l’entoure, dans un livre, un film, dans la rue, lors d’une conversation autour d’un verre de vin.

    « Je remarque une texture, une couleur, une forme, une nuque, un nez, des yeux, un profil, un produit qui peut m’offrir de nouvelles possibilités, me donner plus de liberté. Ensuite, j’adapte chaque élément en fonction de la personnalité des femmes que je coiffe. Chaque création est individualisée. »

    Ce que Luigi préfère par dessus tout, c’est cette part de créativité qui anime nécessairement son travail. Fort des ces inspirations glanées, il aime « développer une coiffure, imaginer un concept et lui donner vie ».

    Avec l’expérience, Luigi Murenu avoue de mieux en mieux se « projeter, deviner ce que les femmes vont vouloir pour leur cheveux ». Pour autant, il ne s’inscrit pas comme un créateur de tendances : « La tendance, c’est très vaste et changeant aujourd’hui : court, long, mi-long, romantique, volumineux, bouclé ou raide, graphique et souple en même temps. » Luigi préfère parler de « vision », de « langage ». Il aime « prendre des risques ». Ce que Luigi retranscrit finalement dans son travail, c’est une « philosophie », une perception de la modernité, une manière d’exprimer « la jeunesse et la nouveauté ». Cela relève du « je ne sais quoi, que doit avoir l’artiste », explique Luigi. Sans doute un mélange de sensibilité et d’avant-garde, de rêve aussi. « On ne doit jamais perdre de vue le rêve ! », s’enthousiasme le coiffeur.

     

    Luigi, créateur d’images

     

    Pas franchement blasé par le succès, Luigi s’enflamme toujours avec une fraîcheur de jeune apprenti. Il rappelle toutefois sans fausse modestie avoir travaillé avec les meilleurs – mannequins, photographes, personnalités, créateurs, magazines. Jamais à court d’énergie, Luigi Murenu a donc récemment entrepris de « passer sur la face A du disque », d’élargir son champ d’action et de devenir photographe lui-même. Il a ainsi commencé à travailler avec Iango Henzi, dont il avait apprécié les images. Ils ont ensemble mené un shooting remarqué pour le Vogue Japon.

    « Je voulais devenir multifacette et développer, grâce à la photographie, la même vision qu’en coiffure : super naturelle, super organique, artisanale. Je reste en charge de la coiffure ET de la photo. Je peux ainsi proposer une vision de mon travail encore plus authentique, exactement comme je l’avais imaginé. »

    Et quand Luigi arrête de travailler, que fait-il ? Il crée encore. « Cuisine italienne, française, asiatique, fusion food… J’aime me mettre aux fourneaux, préparer et présenter des plats pour mes amis. » Si le génie culinaire est à la hauteur du talent capillaire, on s’invite !

     

     

    Marie Tourres